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  • Par Catherine Peeters

"Tu ne peux pas porter ta couronne si tu gardes la tête baissée" (extrait récit de vie)

Ce récit se veut empreint de résilience parce que qu'elle que soit notre histoire, nous avons la capacité d'en faire quelque chose de beau. Mon chemin m'a rendue meilleure aux autres et j'ai envie aujourd'hui de le partager tout simplement.

Il était important pour moi que mes expériences douloureuses servent à quelque chose, j'ai appris et c'est grâce à tout ce parcours que je suis devenue qui je suis.

Je propose un passage sur la mort d'un proche, cela représentait une de mes plus grandes peurs mais la vie m'a appris à l'apprivoiser. J'ai été marquée au fer rouge et c'est pourtant grâce à tout cela que j'ai décidé de ne plus jamais laissé partir quelqu'un seul, dans le silence, sans lui prendre la main et surtout lui dire "je t'aime".


Je le dédie à François-Xavier,à Marine,à Andrew.

Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé les oies sauvages. Enfant, j’aurai voulu les suivre, partir avec elles rejoindre l’Afrique et ses étendues sauvages à perte de vue.

J’aime tellement la nature, les animaux… il faut dire que c’est grâce à elle, à eux que j’ai, je crois, tenu le coup.

J’ai passé des heures à l’observer, à cueillir des fleurs des champs, à créer des parfums d’eau et de pétales de roses, à respirer l’odeur de la pluie, de l’herbe coupée, à savourer la chaleur, à aimer ses couleurs, à observer les oiseaux, entendre leurs chansons et suivre les papillons.

La maison de mes parents était reculée de la rue et au bout du jardin à l’arrière, un espace encore à l’état brut avec des arbres et une rivière au loin m’enchantait de saison en saison.

C’était mon havre de paix, ma délivrance, mon échappatoire.

Décembre 1965, j’arrive dans une famille classique, quoique … l’histoire de ma Grand-mère n’est cependant pas banale. Cadette d’une fratrie de 10 enfants, anglaise, elle était devenue une nurse très respectée. Enfant elle avait rencontré la polio et suite à de nombreuses opérations, son pied en gardera des séquelles à vie. Elle ne pourra jamais plus marcher normalement, elle avait un déhanchement particulier comme si elle boitait en quelque sorte.

Sa joie de vivre, son sens de faire la fête dont j’ai hérité d’ailleurs, faisait d’elle un bout en train bien apprécié dans cet endroit très réservé du Kent. C’est ainsi,que lors d’une sortie alors que la date de son mariage était déjà fixée, elle fait la rencontre d’un belge, grand, mince, chanteur, charismatique. Le coup de foudre s’empare de ses deux là et ce beau jeune homme lui promet de venir la chercher une quinzaine de jours plus tard.

Dès le lendemain, elle prépare ses cartons et emballe tout ce qui est précieux pour elle, débute ses aurevoirs en secret.

La date du rendez-vous est enfin arrivée et il a tenu sa promesse, ils ont traversé la Manche le coeur empli de cet amour qui unit deux êtres fait l’un pour l’autre.

Elle ne parlait pas le français, il était indépendant et vendait de l’or noir et tout simplement, elle était heureuse. Une petite fille est alors venue couronner ce bonheur. Jusqu’à ses 4 ans, parce qu’un oiseau de mauvaise augure est venu survoler la maison et la grande faucheuse à emporter son amoureux en à peine 3 jours.

Le chagrin s’est emparé d’elles et courageusement Grand-mère a continué le commerce. Elle a fait face, pendant la guerre, elle partait à vélo, son seul moyen de déplacement, pour les provisions, le savon dont le médecin avait tant besoin, elle était la seule à avoir le téléphone dans la rue, elle a été un personnage central à cette époque difficile, elle a été forte.

Elle a tenu bon face à des hommes peu scrupuleux, arnaqueurs et puis un jour, elle a rencontré mon deuxième Grand-père. Son coeur n’avait pas pétillé mais elle s’est laissée séduire. Une autre petite fille est née de cette union, la suite est moins poétique et l’entente s’est relativement vite dégradée. Il lui interdisait de parler anglais à la maison, son mode éducatif tellement opposé à donné naissance à 2 clans bien distincts, la famille de ma mère et la famille de sa demi-soeur.

Ma mère avait hérité du don créatif de son père en dessin, elle jouait du violon, elle évoluait dans la vente, la mode. Elle avait arrêté de travailler pour élever les jumelles de 5 ans mes aînées et n’avait franchement pas envie de cette 3e grossesse, surtout pas d’une fille ! Tout était lourd pour elle, pas de machine à laver, devoir assumer les deux grandes, stopper sa carrière et ses rêves…elle subissait sa vie et je la subirai avec elle.

Je compare volontiers ma vie avec l’histoire de Cendrillon, même profil, les jumelles, la méchanceté, la vie de corvées… sauf que je n’ai pas encore le prince en happy end…

Ma mère nous a quitté quand j’avais 22 ans, elle est partie en 3 mois alors qu’elle n’avait jamais été malade auparavant. Je ne comprenais pas comment du jour au lendemain, on pouvait être dans un déclin pareil.

On ne m’a rien dit de sa maladie et comme je sentais qu’on me cachait des choses, je suis allée à la consultation de son médecin traitant. Je voulais savoir, notre relation était difficile mais quand même ; c’était ma mère.

Je lui ai fait part de mon incompréhension, de mon inquiétude et parce qu’il avait entendu dire que notre relation était conflictuelle, il a fait le choix de me laisser avec mon questionnement et m’a éjectée de son cabinet. Ma démarche était sincère et totalement incomprise, celle d’un enfant qui a peur de ce qui arrive, de la maladie, de la mort.

La chimio a commencé, son corps s’affaiblissait à une vitesse incroyable, son anniversaire approchait… Je voulais lui offrir quelque chose qui lui ferait du bien, de doux et c’est dans cet optique que je lui ai acheté une peau de mouton spéciale en prévention des escarres.

Je ne m’attendais pas à sa réaction, elle s’est mise à pleurer en me disant “mais où est-ce que je vais moi…” je suis restée sans dire un mot, je l’avais blessée indélicatement et je m’en suis tellement voulue.

Tout ce que je faisais était mal compris de toute façon, la communication ne passera décidément jamais…. pourtant, il y a eu quelques moments fugaces de rigolade dans notre parcours.

Une nuit, le téléphone de la maison a sonné, c’est un moment qui dans mon sommeil m’a semblé d’une longueur interminable avant que mon père ne décroche finalement. C’était l’hôpital, on devait venir vite…

Nous sommes tous les deux rentrés dans sa chambre, elle nous attendait vraiment, consciente, elle a regardé mon père et lui a dit “je vais mourir”.

Stupidement, laconiquement il a répondu “mais non” et cette scène me marquera à tout jamais, comment pouvait-il mentir de la sorte ?

Après elle n’a plus rien dit, elle a retourné sa tête vers moi, plongé ses yeux tout jaune dans les miens et glaçée jusqu’aux os, j’ai été totalement incapable de prononcer le moindre mot. Elle est partie rejoindre son papa, son amour et m’a laissée là sans avoir trouvé la volonté de se battre.


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Catherine Peeters
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