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  • Par Catherine Peeters

La consolation, on ne peut l'attendre que du temps...

Il y avait lieu maintenant de suivre les cours radio afin d’établir un échange avec les tours de contrôle des aéroports pendant les vols, c’était dans la continuité du brevet.

Le langage aéronautique se pratiquant dans un anglais spécifique, un professeur de Bruxelles m’avait été référencé. Un jeudi soir, je me retrouvais donc entourée de pilotes d’hélicoptères qui me dévisageaient avec une curiosité certaine. Un peu froid et distant face à cette fille qui débarquait avec une montgolfière de surcroît !

Le professeur s’amusait beaucoup de mon ignorance face au tour de piste et langage aéronautique. Le mémorable « say again please » était devenu ma phrase fétiche. Inutile de dire que certains se disaient déjà que j’allais lâcher …

Pourtant, au fil des cours un lien subtil s’installa et nous étions ravi de nous retrouver chaque jeudi. Si sérieuse au départ, l’ambiance était de plus en plus conviviale, chaleureuse, à tel point qu’ils me proposèrent de faire des baptêmes de l’air ensemble.

Malgré une méfiance certaine de ma part au vu de l’impact d’un rotor sur les déplacements d’air et donc quelque peu dangereux pour l’enveloppe d’un ballon, j’acceptai.

Nous partions donc à chaque météo favorable partager notre passion dans une ambiance excitante et joyeuse.

Notre groupe était devenu inséparable et rencontrait un succès certain tant nous étions en synchronicité. Le spectacle était particulièrement beau, une montgolfière toute colorée entourée de R22 & R44.

Malgré les apparences cela nous demandait beaucoup de rigueur, beaucoup de professionnalisme, tant à la gestion des machines que des perturbations sur le terrain, la météo, les autorisations de décollage, plan de vols et autres. Nous étions très méticuleux, attentifs à la qualité de notre prestation et à la bonne tenue de notre matériel.

J’étais heureuse et un deuxième bonheur vint faire pétiller mon cœur, j’attendais un heureux événement. Un pilote de la bande rencontrait lui beaucoup de difficulté à avoir un enfant, sa femme et lui avait tout essayé et c’est donc, tout naturellement qu’il devint le parrain de mon bébé.

Ma fille dans son landau, nous partîmes alors vers de nouvelles aventures, celles des meetings en montgolfière à l’étranger. J’allaitais ma fille et hop je sautais dans ma nacelle pour le concours qui m’attendait. Spectacle grandiose où près de 500 ballons se côtoyaient. Très dur sur le plan physique parce qu’après les vols, nous devions faire la file pour le plein de gaz, assister au débriefing, à la soirée dédiée aux équipages et être sur le terrain, le matin suivant à 5h pour un « take off » groupé.

J’aurais vécu ainsi toute ma vie, nous avions des projets et tout l’avenir devant nous pour les concrétiser. De bulletins météo en check annuels pour nos engins, on ne se rendait pas compte que le temps passait.

On venait de fêter les 4 ans de ma puce, encore une fête mémorable où brillaient les yeux de son parrain tellement fier de cette petite fille dans ses bras.


L’hélico planté au milieu de la pelouse, j’ignorais que c’était la dernière fois que je le voyais.

Un dimanche après-midi, l’annonce de sa mort me plongea dans un désarroi des plus total. Incompréhensible pour moi, lui si précis ça ne pouvait tout simplement pas arriver et pourtant, l’impensable s’était bien produit. Son rotor de queue avait touché une ligne à haute tension ne laissant aucun espoir de survie dans ce ciel si bleu ce jour là. L’impact fut terrible et fit la une des journaux télévisés.

En état de choc, complètement meurtrie, j’assistai à ses funérailles.

A l’église, je n’arrivais pas à retenir mon chagrin lorsqu’un petit papillon est venu attirer mon attention. Lueur d’espoir dans ce noir le plus total qui m’envahissait et contre lequel je ne pouvais rien. C’était un premier signe inattendu dans une église, le deuxième à la fin de la messe où quand nous suivions son cercueil, un bruit si connu d’un moteur d’hélico retentit au dessus de nos têtes mais sans aucune machine à l’horizon.

Je n’ai pas volé pendant un certain temps, notre groupe n’y a pas survécu, il était devenu insoutenable pour chacun de nous d’être là sans lui.

Lorsqu’enfin j’ai repris les commandes, la peur s’était emparée de moi, je frissonnais à la vue d’une ligne à haute tension et je montais, montais toujours plus haut. Quand j’ai senti mes jambes trembler en plein vol, en tant que pilote responsable, j’ai décidé que c’était le dernier baptême de l’air.

Là encore un phénomène magique et inexpliqué s’est produit, m’apportant une paix et une sérénité qui m’ont permis continuer à voler par la suite.

A 360° une colombe blanche est venue droit sur mon ballon et je ne pourrai jamais expliquer comment cet oiseau si peu banal est apparu et reparti en me déposant un sentiment de quiétude profonde.

Aujourd’hui, je viens de fêter les 18 ans de ma fille, j’ai pu remonter dans un hélico pour la première fois il y a quelques mois seulement.

La consolation, on ne peut l’attendre que du temps.

A Stef,

Merci de votre lecture,

Cath

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Catherine Peeters
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